Ciel, Mon Mardi : La fièvre du mardi soir !

« Ciel, Mon Mardi !!! », en voilà une émission atypique des années 80, qui a marqué son époque et ses téléspectateurs ! Indissociable de son impertinent présentateur Christophe Dechavanne, cette émission m’a scotché tous les mardis soirs devant mon écran de 1988 à 1992, à l’heure où habituellement, il était grand temps de se coucher. Je ne remercierai jamais assez mes parents de m’avoir autorisé à veiller les mardis soirs pour y suivre ces débats tour à tour houleux, passionnés ou rigolos ! En avant pour la genèse de cette sensationnelle émission !

En 1987, à la suite d’une première partie de carrière qui fera l’objet d’un article la semaine prochaine, Christophe Dechavanne arrive sur la première chaîne fraichement  privatisée, avec un statut de jeune animateur on ne peut plus prometteur. Il a à peine 30 ans, et devant lui s’ouvrent les portes d’une carrière à la Drucker. Pas grand-chose à voir avec l’impertinent qu’on a connu par la suite !  😉

L’aventure « Ciel Mon Mardi », Dechavanne la doit à un cuisant échec, celui de « Panique sur le 16 ». A la base transféré sur TF1 pour y calquer le concept de « C’est encore mieux l’après midi », l’émission est stoppée très rapidement par manque d’audience. S’ensuit de longues négociations avec TF1 pour « recycler » l’animateur, histoire d’amortir son (important) salaire. Le présentateur se met à plancher sur un nouveau projet, mais rien de folichon n’en ressort.

 Au printemps 88, TF1 le presse d’être plus actif. Il lance alors à brûle-pourpoint “J’ai envie de faire un magazine d’humeur et d’humour, pour la génération des trente ans”. La case horaire ? “En seconde partie de soirée” … Surprenant, car cet horaire est habituellement réservée aux documentaires ou reportages un brin soporifiques … Mais à partir de ce concept encore très flou se mettra en place une émission totalement inédite.

Le mardi ayant été retenu, son nom sera un jeu de mot venu du théâtre, “Ciel, Mon Mardi !”. Inspirée des débats très politiquement incorrects de Michel Polac et son “Droit de Réponse”, et traitant de sujets au degré de gravité ou de légèreté variables, Ciel Mon Mardi peine à se positionner dans la grille de la 1ère chaîne. Plusieurs fois repoussé par TF1 (il faudra que l’animateur pousse une gueulante publique contre ses patrons dans le Nouvel Obs’ pour se faire entendre !), CMM arrive sur les écrans en mai 1988. Le premier invité sera Guy Bedos, et les débats traiteront des mages, de la publicité politique, des bavures médicales et des objets du bonheur.

Les adeptes de la House Music propre à la fin des 80’s ne pourront s’empêcher de frissonner devant ce générique, qui n’a pas pris une ride !!!

 

 

Et oui, la première version est un peu indigeste ! 4 débats s’enchaînent tant bien que mal, dans une ambiance un peu brouillon, mais avec pas mal de potentiel. Après quelques ajustements, Ciel Mon Mardi trouve la bonne formule : un débat sérieux de société, qui colle bien souvent avec l’actualité, puis un débat plus léger, qui prête parfois même à sourire. Et entre les deux, l’attraction, le moment le plus attendu de l’émission : le fameux BLOC NOTE du mardi soir !

Cette séquence d’une demi-heure environ est un pur bijou d’impertinence audiovisuelle. OK, un peu (beaucoup) inspiré par l’humour Canal et les rigolades de Nulle Part Ailleurs. Mais d’une grande fraîcheur sur une chaîne généraliste. Accompagné de ses fidèles lieutenants Patrice Carmouze et Renaud Rahard (Christine Bravo y fit aussi une très brève apparition), Dechavanne décortique l’actualité cocasse de la semaine avec l’invité, qui nous donne son fameux “J’aime / J’aime pas”.

Patrice Carmouze passe en revue les gadgets les plus loufoques, qui, bien sûr fonctionnent rarement. Renaud, quant à lui, traque les incohérences et les indélicatesses de certaines institutions (administrations, entreprises), et se livre ainsi à des chroniques assez incisives de leurs communications. Le tout dans un joyeux bordel, avec des sourires, des fou-rires et même parfois des bagarres d’eau, de confettis, de pinard ou de munster ! Si si !!

Les téléspectateurs peuvent aussi intervenir via les messages Minitel. Pour faire des réflexions intéressantes sur le débat qui vient de se dérouler ou pour se moquer de Christophe Dechavanne et son équipe. Mais aussi (et surtout) pour les déclarations d’amour envers le beau Renaud Rahard, qui fera chavirer des cœurs par dizaines tous les mardis soirs.

En 1989, le professeur de philo Michel Field rejoint notre joyeuse troupe, puis en 1991 Fofifafier, euh pardon, la jolie, la pulpeuse, la blondinette Sophie “Cocogirl” Favier ! Pour être tout à fait franc, la minette joue un peu les potiches, et n’apporte pas énormément, mais en tout cas, ne manque pas d’humour face à cette troupe diaboliquement festive.

 Des débats show, chauds !

 Ainsi va “Ciel, Mon Mardi !”. L’émission parvient à faire 7 points d’audience la première saison, et malgré les appréhensions de Dechavanne, elle est reconduite à la rentrée. Elle décollera véritablement grâce à un véritable scoop, la fameuse histoire du Baron Noir. Ce mystérieux baron a semé la zizanie à Paris durant de nombreux mois, puisqu’il survolait allègrement la capitale avec son p’tit avion (pratique rigoureusement interdite), au nez et à la barbe des forces de l’ordre et des services de renseignement. Après avoir joué au chat et à la souris avec la Police, le Baron Noir accepte de donner une interview exclusive, puis de se démasquer en direct sur le plateau ! Autant dire que le Ministère de l’Intérieur faisait la gueule …

Puis au fil des émissions, Dechavanne ose des sujets plus graves, plus polémiques … et plus punchy ! De la peine de mort à l’extrême droite, de l’excision aux prisons, les sujets les plus brûlants se voient traités … parfois non sans dommage.

Le plus mémorable exemple reste sans contestation le débat sur l’extrême droite de Février 1990. Jamais la tension lors d’une émission n’a été aussi palpable, l’ambiance aussi lourde. Plusieurs “clans” voulant en découdre ont fait la queue toute la journée pour assister à l’émission : des associations anti-racistes, des représentants nationalistes, chacun avait envoyé du monde sur le plateau, et dans les gradins. Même à l’extérieur, devant le studio, il a fallut mobiliser la Police pour garder l’ordre tant bien que mal …

Bien que Christophe Dechavanne avait formellement interdit aux protagonistes d’aborder la question du révisionnisme, le dérapage fut inévitable. Un triste sire négationniste (en photo ci-dessous) parla des chambres à gaz, et remit en cause leur existence. Première grosse tension, début de bousculade, que l’animateur parvient à contenir avec ses sbires.

Quelques instants plus tard, le même sinistre individu récidive : il demande une minute de silence … à la mémoire des nazis exterminés en 45 ! Ce coup-ci, impossible de préserver quoi que ce soit : un gauchiste sort du public, fonce sur le polémiste, et baston générale, dans les gradins et sur le plateau.

Un indescriptible moment, quelques dizaines de secondes hors du temps. Pour avoir été devant l’écran à ce moment là, j’ai le souvenir d’interminables secondes, où j’étais fasciné par cette violence en direct. Mes cris de surprise avaient même réveillé mes parents, qui se levèrent pour venir “assister” au triste spectacle. Un mélange de curiosité, de surprise et de voyeurisme aussi, nous avait envahit.

Assurément les instants les plus longs de la carrière de C.Dechavanne. Les fauteurs de troubles exclus, l’émission reprend quand même, et les débats se poursuivent sans autre incident. Mais le lendemain … Aïe aïe aïe !! Les médias s’en donnent à cœur joie, les “moralistes” s’indignent de la dérive prise par les émissions contemporaines … et Dechavanne se voit livré en pâture aux bien-pensants et au CSA. Il en restera profondément marqué … mais ne changera rien à la formule de son émission, ni les sujets à traiter. 

 Ainsi, un autre débat sujet à controverse sera celui sur la peine de mort. Très passionné, il vaudra tout de même quelques désagréments à l’animateur vedette. Ayant (une fois n’est pas coutume) pris position, et affirmé pendant l’émission qu’il était contre la peine de mort, y compris pour les assassins, le présentateur se vit dès le lendemain insulter jusque dans la rue, allant même jusqu’à se faire traiter de “complice d’assassins d’enfants” par quelques intolérants. Belle mentalité …

Parmi les débats chauds, parlons aussi de celui sur les belges. A la base, ce débat fut préparé pour rendre hommage à nos amis outre-quiévrain, essayer de comprendre pourquoi les français les taquinent avec ces fameuses blagues, montrer que les Belges avaient eux-mêmes beaucoup d’humour, bref, réconcilier tout ce petit monde autour d’un plateau festif et rigolo.

Malheureusement, les intervenants furent très mal choisis, et on assista à une avalanche de clichés de mauvais goûts, et même vulgaires, telle cette “originale” wallonne qui voulut répondre à la fameuse blague “Pourquoi les tétons des femmes belges sont carrés ? Pour pouvoir faire téter des frites !”. Elle ne trouva rien de mieux à faire que de se dessaper en direct, et montra ses seins à l’antenne en disant “Vous voyez bien qu’ils sont ronds !”

Le reste fut un florilège de clichés anti-belges, où le provocateur Noël Godin (vous savez, l’entarteur célèbre) s’en donna à cœur joie, en insultant la Monarchie et la société belge à qui mieux mieux. Ce fut une des seules fois où j’étais vraiment déçu de Ciel Mon Mardi, où clairement, la volonté était de faire du sensationnel, du pas drôle, du vulgaire.

Dechavanne fut extrêmement critiqué par les Belges, à juste titre. Il entreprit quelques mois plus tard de faire une autre émission, pour rétablir les vérités, faire un mea culpa en remettant le peuple belge à l’honneur … mais la tentative ne fut pas plus glorieuse que sa première.

Quelques temps plus tard, un débat sur les provocateurs fut proposé aux téléspectateurs. Parmi eux, toujours le même Noël Godin, un excellent client pour ces types de débats, déclencha la polémique ultime : il cria à l’antenne que “le Roi Baudouin était pédé comme un phoque” (sic). Même si tout ceci n’est pas honteux, ce fut l’affront de trop envers les belges. L’affaire d’état menaçait. Le Roi Baudouin a même pris sa plume pour exiger que tout ce dénigrement cesse immédiatement. Au passage, Dechavanne a frôlé de très près l’interdiction d’entrer sur le territoire belge.

Les débats rigolos

Paradoxalement aux débats houleux, d’autres sujets permettent de bien rigoler en voyant quelques illuminés composant notre belle population, intervenir sur les plateaux.

Parmi eux, notons le débat sur les monarchistes et les partisans du retour au Roi. Nous y découvrirons quelques beaux spécimens originaux qui se réclament du trône de France (comme notre ami sur la photo ci-contre). Tout est bon pour servir leur cause : les mensonges, les affabulations, le mépris du “petit peuple”, etc … Très divertissant à voir.

Mais le vrai régal, les fois où je me bidonnais le plus devant l’écran, c’était pour tout ce qui touchait au paranormal. Il y eut plusieurs débats de ce genre, entre les fantômes, les extra-terrestres, la réincarnation … On se souvient tous de Paco Rabanne qui affirma qu’il avait été dans une vie antérieure une prostituée, et qu’il “sentait” que Christophe Dechavanne avait été un poilu de 14-18 !!

Les débats sur les extra-terrestre furent aussi de grands moments de poilade, entre les personnes qui affirmaient s’être fait enlever par des martiens, les chasseurs de Petits-Gris, ces dangereux petits bonshommes venues coloniser notre planète … et le fameux Jimmy Guieu, qui savait tout sur tout sur les civilisations extra-terrestre : le mode de vie, leurs plans, leurs intentions, etc … et le pire, c’est qu’il en parlait avec un aplomb phénoménal, et des arguments qui pour lui ne laissaient aucun doute possible !

J’adorais … comme j’avais adoré cette fameuse émission sur les fantômes où un témoin affirmait qu’un esprit de l’au-delà hantait sa maison, simplement parce qu’une nuit, réveillé par cet « esprit », il avait senti et agrippé un “poignet mou”. Un peu léger comme argument … surtout quand le sympathique bonhomme ne put donner de plus ample description que “C’était un poignet … c’était mou” … et là, Dechavanne, tout sérieux, lui demandant “Vous êtes sûr que c’était un poignet ?” :p

Pour finir, à mi-chemin entre le débat houleux et le débat rigolo, parlons de la Centième de CMM. Une émission restée mythique, dont tout le monde a entendu parler. Dechavanne et ses équipes voulaient marquer le coup, d’une manière ou d’une autre. Un débat original, une méga fiesta, un best of, une rétrospective … plusieurs propositions, mais pas d’idée imparable. Quand un collaborateur de l’animateur lança l’idée d’une émission canular, une vaste farce où rien ne serait réel … ça fit Tilt immédiatement.

Mais comment mettre en place une telle émission ? L’équipe se met au travail, et rapidement assemble les différentes pièces du puzzle. Il fallait trouver un débat racoleur et impudique, avec des gens masqués sur le plateau, des révélations en direct : ce sera l’adultère. Il fallait mettre en place un scandale, des cris, des pleurs : d’un côté un mec se prétendant un Don Juan séduisant des femmes mariés se ferait faire en direct une réputation d’homosexuel, et d’un autre côté, une femme désespérée giflant un huissier sans-gêne.

Voici pour le scénario de base, les rôles seront assurés par la Ligue Française d’Improvisation, et ses acteurs redoutables. Et bien entendu, rien ne filtre. Seule une poignée de personnes est au courant de la supercherie, mais surtout pas le public et les téléspectateurs.

Personnellement, j’étais pas franchement emballé. Des cocus, des huissiers, des séducteurs … bof, loin de ce qui m’intéresse. Et pourtant, je reste devant mon poste, parce que y a Christian Clavier qui est invité, et j’ai hâte de voir le Bloc Note avec cet acteur rigolo. Le débat commence, et rapidement, on sent qu’il ne sera pas comme les autres. Tout est réuni pour que ça parte en sucette : le fric, le sexe, le pouvoir, le chantage … ça dérape vite, les propos se font de plus en plus injurieux, les insultes fusent, et Dechavanne doit hausser le ton pour se faire respecter.

Quand un téléspectateur appelle pour signifier qu’il reconnait un “pseudo séducteur”, et qu’il le croise régulièrement dans des boîtes homos … ce dernier s’insurge et menace de quitter le plateau. Dechavanne le poussant un peu dans ses retranchements, le gars accoure et commence à se friter avec l’animateur, qui bizarrement, souhaite en découdre, et se battre avec lui, les yeux plein de haine. Whaou !!! Encore de la castagne, quelques mois après le débat sur l’extrême droite, ça commence à faire beaucoup. Mais c’est pas tout …

Peu après, une femme triste, en pleurs, se heurte à l’huissier (ci-contre sur la photo) qui l’avait dépouillé de nombre de biens lorsque son mari l’avait larguée. Devant l’absence de remords et l’attitude imperturbable de l’huissier, celle-ci ne tient plus, se lève et s’en va gifler l’assermenté, devant la France entière. Grooos malaise en studio … et même chez les ménages français, parce que là, ça allait vraiment trop loin.

Le bloc note se déroule comme un bloc note classique, Clavier fait du Clavier, et fout un bordel monstre, il organise des batailles de vin et de Munster et en lance sur Dechavanne (qui, avec le recul, avouera qu’il n’a que peu apprécié la plaisanterie …). Au milieu du Bloc Note, l’huissier du débat précédent débarque, et s’enrage auprès de l’équipe, en déclarant “Avec cette gifle, c’est toute la profession que vous avez frappée … Vous entendrez reparler de moi” … Ambiance gênée un peu partout. Moi, j’étais navré. C’était pas l’émission que j’aimais tant habituellement, des débats tendus, oui, mais des scandales comme ça, je voulais pas. Mon père, à côté de moi, me dit alors : “C’est vrai qu’un huissier qui se fait gifler en direct devant des millions de personnes, ça va lui attirer des gros problèmes. Son émission est foutue”. Là, j’étais vraiment triste. Du haut de mes 13 ans, je me rendais compte du pouvoir hors norme de la télé, et de sa capacité à déclencher des scandales.

Après le Bloc Note, le second débat prend place, sur le thème beaucoup plus léger, “Faut-il ou non poursuivre Ciel Mon Mardi ?” Mais ce dont je me souviens, c’est que les intervenants me disaient quelque chose … une impression bizarre de voir des têtes connues … jusqu’à ce que le doute ne fut plus permis : l’ “huissier” du précédent débat était là, et se faisait passer pour une autre personne. Après quelques minutes impossibles à décrypter, Dechavanne prend la parole et annonce : “Bon, on va arrêter la plaisanterie, et on va tout vous révéler”. Et là, je me souviens avoir été ébahi par le concept : avoir réussi à monter de toutes pièces un débat violent, avoir su garder le secret sans aucune fuite, seul Dechavanne en était capable.

Je retrouvais mon animateur, mon émission, celle qui me surprenait, qui me fascinait. Les acteurs de la Ligue d’Improvisation furent présentés, puis remerciés (c’était vraiment mérité). Et surtout, un message important à la fin : en fait, ce faux débat était organisé pour montrer ce qu’on ne verrait jamais dans Ciel Mon Mardi : une émission truquée, et un animateur qui triche. Sous-entendu : ils avaient triché ce coup-là, mais n’avait jamais triché avant, et ne tricheraient jamais après. Une réponse aux détracteurs qui insinuaient régulièrement que les personnes sur le plateau étaient des acteurs payés pour “mettre l’ambiance” …

Vous l’aurez compris, tous ces débat valurent rapidement à Ciel Mon Mardi une réputation assez sulfureuse, un moment qu’il ne fallait pas manquer le mardi soir de peur de ne rien avoir à raconter le jeudi à la récré. L’émission était extrêmement populaire, et atteignait des sommets d’audience, jamais vus pour des secondes parties de soirée. Les semaines s’enchaînaient, l’audimat grimpait, Christophe Dechavanne devenait un présentateur incontournable de la Une.

 

Mais incontournable ne veut pas dire universel… Alors que les Foucault, Drucker et Sabatier étaient les amis de tout le monde, et cultivaient cette popularité aussi éclatante que leur sourire, Christophe Dechavanne ne s’est pas fait que des amis avec « Ciel Mon Mardi ».

Nous avons tout d’abord vu que les Belges lui en voulaient terriblement pour ces débats forts peu sympathiques envers eux. C’est d’ailleurs cette aversion des Belges qui amena le groupe Bruxellois « Bassline Boys » à dédier à Dechavanne deux disques. Le principe était d’extraire des paroles de l’animateur ou de ses invités pour les mixer sur un rythme de house music. Le premier disque fut très virulent, et en gros assimilait Dechavanne à un fasciste, en lui prêtant des propos tirés de leur contexte. Pas content, l’animateur fit interdire le disque. Normal. Le second est beaucoup plus rigolo, et même très sympa à écouter. Il s’agit du désormais classique « On se calme ! », que l’animateur en revanche, a bien aimé, et a même encouragé (après tout, il n’avait rien contre ce coup de pub).

 

 

Les ennemis furent aussi plus « institutionnalisés », et se manifestèrent sous la plume du CSA, qui envoya maints avertissements à TF1 pour dérapages fréquents, ou du Ministère de l’Intérieur, qui ne supportait pas que l’émission fasse intervenir des voleurs, délinquant ou repris de justice, derrière un masque, sans que la Police ne puisse les interpeller.

Plusieurs personnalités firent aussi les frais du caractère bien trempé de C.Dechavanne.  Parmi elles, plusieurs personnes de Canal +, telles que Philippe Gildas ou Jérôme Bonaldi, qui envoyaient des piques sur le principe même de CMM, ou des représentants du Show-biz, comme Guy Bedos, Richard Bohringer ou Sophie Marceau. Pourquoi ? Pour avoir posé un lapin au dernier moment, pour s’être répandu dans la presse de choses assez indélicates sur Ciel Mon Mardi et sa préparation, etc …

Mais dans l’ensemble, les amis sont plus nombreux que les ennemis. Les invités ont tout intérêt à se prêter au jeu et à participer à l’émission, tant elle est atypique. L’invité n’y sera pas aussi bien traité qu’à « Avis de Recherche » ou « Sacrée Soirée » … mais si sa prestation est bonne, il se met dans la poche une bonne partie de la jeunesse !

Les meilleures choses ayant une fin, il fallait bien que ça arrive : en 1992, « Ciel, Mon Mardi ! » tire sa révérence. Le dernier invité fut Patrick Bruel, alors au sommet de sa carrière, et qui donna une image de lui toute autre que le chanteur à minette qu’on ne connaissait que trop. C’est depuis ce jour que mon opinion de lui a évolué, et qu’il m’est apparu comme un chanteur plein d’humour, ne prenant pas au sérieux son statut.

Clap de fin pour cette émission qui laissa un immense vide au milieu de mes semaines. Jamais je n’ai retrouvé cette excitation qui m’accompagnait lors d’un générique de début d’émission. « Ciel, Mon Mardi » laissa bon nombre de téléspectateurs devenir des orphelins du mardi soir, sans leur bloc-note, leurs coups de gueule, et leur dose d’amusante distraction.

Christophe Dechavanne s’en allait vers de nouvelles aventures, et s’apprêtait à nous dévoiler « Coucou, c’est Nous ! ». Mais cela sera l’objet de notre prochain article.

Me reste ces souvenirs d’adolescent émerveillé devant tant de novation télévisuelle, tant d’impertinence cathodique. Rien que pour cela, et quoi qu’il ait pu faire par la suite, Christophe Dechavanne mérite amplement son statut de grande figure de la télévision des années 80 et 90 ! Un grand merci à lui !!!

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