Pinot Simple Flic, une comédie policière tellement 80’s !

Affiche Pinot Simple Flic Années 80“Police, Police, Police, Police, Secours !!!” Rien à faire, dès que je pense à “Pinot simple flic”, je n’arrive pas à me débarrasser de cette mélodie ! Merci Gérard Jugnot !!

“Pinot simple Flic” est donc le film à l’honneur aujourd’hui. Car des trublions de la troupe du Splendid, j’ai toujours eu une petite préférence pour Jugnot. Pour sa carrière d’acteur bien entendu, mais surtout car c’est un des comédiens français qui est passé derrière la caméra avec le plus de brio, signant de belles réussites critiques et commerciales (Casque bleu, Une époque formidable, ou Scout Toujours notamment)

Ce talent de réalisateur, il le doit en partie à un film qui fut en 1984 un joli coup d’essai : Pinot Simple Flic. Une production qui ne fait certes pas partie des grosses comédies cultes françaises, mais qui a tout de même eu un joli succès à sa sortie. Ce film est régulièrement rediffusé, et se regarde encore avec plaisir.

Pinot Simple Flic film années 80Gérard Jugnot est donc aux manettes, ou plutôt à la caméra. Acteur accompli en 1984, il a déjà plusieurs grands rôles à son actif (les Bronzés, le Père Noël est une ordure, Papy fait de la résistance etc …). Pour la réalisation de son premier film, il va opter pour une comédie policière. En plus de la réalisation, il va se charger de l’adaptation du scénario (de Christian Biegalski et Pierre Geller), et du premier rôle, le rôle de Robert Pinot, un policier banal, un quidam sans histoire, sans relief, sans fantaisie.

Pinot Simple Flic ChambreRobert Pinot est en effet aux antipodes du flic invulnérable, comme pouvaient l’être Delon ou Belmondo dans leurs rôles de justiciers. Loin d’être le beau gosse charismatique, craint par les truands et envié par les collègues, Pinot est plus proche du loser de base que du Commissaire San Antonio. Il est célibataire (dès les premières scènes du film, on devine bien qu’on à pas à faire au tombeur de ces dames), et vit dans un appartement plus que modeste, dans un quartier anonyme de Paris. Le Paris des années 80, bitumé, garni de néons froids et de blocs de béton déjà à moitié délabrés. Mais je reviendrai sur cette ambiance et ces décors, qui rendent ce film particulièrement attrayant, et tellement ancré dans son époque.

Pinot Simple Flic film années 80Pinot est gardien de la paix dans un commissariat du 13ème arrondissement de Paris. Un endroit miteux, sombre et inconfortable, à mille lieux de la Police moderne aux moyens démesurés qui nous est décrite dans certains films ou séries de l’époque.

La Police des années 80 a ceci de commun avec celle du 21ème siècle, c’est qu’elle manque cruellement de moyens. Sur ce point, aucune tromperie dans “Pinot simple flic”. Pas d’ordinateur, de bagnole surpuissante ni de matos hyper pointu qui permet de démasquer des criminels en 2 clics. Les enquêtes se font à l’ancienne. On tape les rapports à la machine à écrire (quand elle fonctionne), les collègues se partagent les téléphones (fixes, bien entendu), les virées et courses poursuite se font au mieux en Estafet, au pire en mobylette ! Vous l’aurez compris, la Police de Paname en 84, c’est pas Miami Vice.

Pinot Simple Flic Machine a ecrireLe décor étant planté, on va s’intéresser à l’histoire. Elle n’a rien de spectaculaire (ce qui ne veut pas dire qu’elle est mal gaulée !). Oubliez le polar à suspens, le scénario à tiroirs avec énigmes et rebondissements. L’originalité de l’intrigue se trouve surtout dans l’humanité qui se dégage du héros. Pinot est un flic médiocre (on se demande comment il a pu réussir le concours d’entrée chez les Bleus), maladroit, à la limite de la lâcheté. C’est pas qu’on l’aime pas, c’est plutôt un brave type, mais il est relou avec ses blagues à deux balles, ses mains baladeuses et ses conneries qui lui valent des blâmes à n’en plus finir.

Pinot Simple Flic Mais il a un cœur gros comme ça, une grande empathie pour ses collègues, et une gentillesse exemplaire. Voilà pourquoi, lors d’une intervention un peu plus musclée que les autres, il se prend d’affection pour la jeune Marylou (interprété par Fanny Bastien), une délinquante mineure entichée d’un vrai bad boy, Tony (Patrick Fierry).

Pinot l’embarque au poste, la cuisine un peu, la relâche, puis, au fil du film, la retrouve en plein casting coquin (cette scène avec Sim est particulièrement tordante :D). Il décide de l’héberger quelques temps pour tenter de la remettre sur le droit chemin. Peine perdue, vous vous doutez bien. Le fossé qui sépare nos deux protagonistes (on ne peut pas parler d’amis, ni même de potes) est trop grand. Une jeune nenette paumée, limite SDF, rêvant de grande aventure et de trip à la Bonnie & Clyde d’un côté. Un policier pataud de l’autre, n’ayant rien d’un superflic, sans aucune confiance en lui. Impossible d’envisager la moindre complicité. Même si Marylou tente bien d’amadouer Pinot avec ses charmes, juste pour avoir quelques doses et reconquérir le Tony. Pinot Simple Flic Supermarché Jugnot Fanny Bastien

L’un et l’autre ne changeront pas, mais apprendront à accepter la voie que l’autre a choisi.

“Pinot simple flic” n’est pas du tout une comédie romantique. On sait depuis le début que la relation entre Pinot et Marylou, à défaut d’être complètement platonique, ne se terminera pas avec des noces et des enfants. Mais il y a juste assez de bons sentiments pour donner à cette comédie ce côté touchant qu’on aime bien dans ce genre de film. Qu’on retrouve par exemple dans “Nuit d’ivresse” ou “Ma femme s’appelle reviens”. Tout en gardant une belle place pour les scènes de comédie pure, des dialogues bien poilants, et un humour typique des années 80.Pinot Simple Flic Jugnot Sim

Quel film de nos jours oserait faire une blague comme celle des DOM-TOM ? Personnellement, j’adore ! Comme j’adore la scène du métro, ou le truc tout con : le jeu de mot avec le nom “Pinot” sur la porte de notre flic de pacotille.

Pinot Simple Flic DOM TOM Pascal LegitimusCe que j’apprécie le plus dans ce film, et je reviens à ce que je disais dans les premiers paragraphes, c’est avant tout son ancrage dans son époque. Aucun doute possible, on baigne dans les 80’s. L’architecture, la déco, les accessoires, tout ça transpire le 20ème siècle. De la machine à écrire à la Renault 18 break, du perfecto au walkman, en passant par les vignettes de 1984, la Valstar posée sur la table ou les publicités d’époque, on a droit à une immersion totale.

Pinot Simple Flic ValstarAjoutons à cela mon petit pêché mignon quand je visionne des vieux films : l’urbanisme. Ce Paris gris des années 80, avec ses bâtiments faits de blocs de béton construits à la hâte dans les années 50, et qui 30 ans plus tard peinent à contenir leur vétusté et leurs fissures. Ces commerces typiques qui, sous prétexte de modernité, ont cédé à l’invasion du néon à outrance. Ces cages d’escalier crades et décrépies, avec ces boîtes à lettre défoncées, et ces installations électriques d’un autre temps.

Pinot Simple Flic Urbanisme eightiesEt bien tout ça, j’adore ! ce sont des petits détails d’un film qui me font l’aimer, car il nous replonge dans une époque sans retenue. J’aime quand les réalisateurs ne cherchent pas à gommer tous les détails qui trahissent l’appartenance à une époque.

Pinot simple flic, sorti en juin 1984, était un film que l’on n’attendait pas, et qui malgré tout a eu un joli succès. Contre toute attente, oserais-je dire, car Gérard Jugnot n’en était qu’à ses débuts dans la réalisation, et que 1984 fut une année déjà très bien garnie en comédies françaises : “Les Ripoux”, “Marche à l’Ombre”, “La vengeance du serpent à plume” ou “Vive les femmes !”. Plus de 2 millions d’entrées en France pour un film de ce calibre, c’était plus qu’encourageant, et c’est tant mieux car cela a permis à Gérard Jugnot de continuer de réaliser des films, et d’embrayer dès l’année suivante avec “Scout Toujours”.

Pinot Simple Flic Cabine TéléphoniquePinot simple flic a enfin bénéficié de deux atouts non négligeables : une affiche absolument géniale, qui nous montre Jugnot façon Rambo, tout en second degré. Car le personnage de Pinot est tout sauf un warrior. C’est ce contraste entre cette affiche féroce et la personnalité de Pinot qui rend l’affiche savoureuse, et donne envie d’entrer dans la salle de ciné. A moins que certains à l’époque ait vraiment cru retrouver un Rambo français, dans ce cas, fallait vraiment se faire soigner.

Pinot Simple Flic Voitures années 80L’autre atout, également important, est la musique du film. Ultra-simpliste mais ultra efficace. Quelques sirènes synthétisées, une mélodie qui fleure bon les 80s, un peu de scat (Chip Di Dou Dididi …) et deux mots répétés à l’envi, jusqu’à ce que ça vous rentre bien dans le crâne : “Police, police, police, police, Secours”. Musique signée Louis Chédid, qui reste en tête des heures après la fin du film, le titre est même sorti en 45 tours en même temps que le film !

Dans le genre “Comédie policière”, le scénario est peut être moins travaillé que celui des Keufs avec Josiane Balasko, le jeu des acteurs n’est certes pas aussi brillant que les Ripoux (faut dire que Noiret et Lhermitte, ça envoie …), mais “Pinot simple flic”, à mon humble avis, vaut largement d’autres productions des 80’s à la distribution prestigieuse, comme  Inspecteur la bavure, ou les derniers Gendarmes qui sur la fin ne rimaient plus à grand choses avec leurs gendarmettes ou leurs extra-terrestres.

Pinot Simple Flic PerfectoTerminons ce tour d’horizon avec une distribution pas dégueu, composée de Pierre Mondy, Jean-Claude Brialy, Jean Rougerie, Pascal Légitimus, Sim … et beaucoup d’autres petits rôles sympathiques. Voilà pourquoi “Pinot simple flic” est un film indissociable de nos eighties, un peu touchant, très drôle par moment, qu’on regardera avec plaisir. C’est du moins ce que je vous conseille de faire si vous êtes devant votre télé la prochaine fois qu’il passera sur la TNT 😉

Pinot Simple Flic Mobylette

Pinot Simple Flic Mondy Brialy

 

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