Il s’est fait connaître dans les années 70 chez Jacques Martin, a été chroniqueur, présentateur comique à l’Olympia, journaliste, mais a acquis la notoriété dans les années 80 grâce à deux émissions de radio immortelles, une émission de télévision unique en son genre, et deux one-man-show. Son seul roman, méconnu, mais pourtant génial, se vend moins que ses recueils de sketchs ou de réflexions mi-philosophiques, mi-accusatrices. Pourfendeur de la bêtise, il aimait les bons vins et la grammaire.
Remarqué par la télévision, il rentre dans l’équipe de Jacques Martin pour sa nouvelle émission, “Le Petit Rapporteur”, en 1975. Il faut savoir que Martin souhaitait être viré et ne plus faire de télé : il avait décidé de créer une émission complètement décalée, subversive et de mauvais goût, satirique et sans gêne afin que les programmateurs, choqués, le laissent partir.
Il écrira ensuite pour Thierry Le Luron, la postérité retenant surtout le sketch de l’interview de Le Luron/Giscard par Desproges. En 1982, c’est la gloire : Desproges pénètre dans les foyers grâce à “La minute nécessaire de monsieur Cyclopède”, sur FR3.Les années 80 démarrent sur les chapeaux de roues pour Pierre, car il distille son humour féroce à la radio, en plus de passer à la télé.
Entre 1980 et 1983, il est le procureur d’un faux tribunal sur France Inter, “Le tribunal des Flagrants-Délires”. Un invité est “jugé” par le président Claude Villers, défendu par l’avocat Luis Rego et mis en accusation par le procureur Pierre Desproges. Entre déclaration d’amour à Dorothée et questionnement sur l’humour devant Le Pen, jeux de mots ras-de-terre et envolées lyriques dans un style impeccable, maîtrisant comme personne la syntaxe et la concordance des temps, Desproges maltraite joyeusement les invités et s’offre souvent une ballade dans un sketch ou une anecdote. La liste des exploits linguistiques du bonhomme est trop longue. Il me vient toutefois celui-ci : « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne. » C’était pendant le réquisitoire contre l’immense chanteur anarchiste François Bérenger.
Cette phrase illustre assez bien Desproges, qui, lorsqu’il parle de son service militaire, n’a pas de mots assez durs, qui lorsqu’il évoque la “cour” autour de Coluche explique que “si cet homme avait été de la merde, ils eussent été ses mouches”, qui ne manifeste jamais, qui conchie les chanteurs de rock des 80’s, et enterre vivant ses semblables. Sa misanthropie, au fond, est un amour de l’autre, mais déçu : “On a envie d’aimer mais on ne peut pas. Tu es là, homme mon frère, mon semblable, mon presque-moi. Tu es là, près de moi, je te tends les bras, je cherche la chaleur de ton amitié. Mais au moment même où j’espère que je vais t’aimer, tu me regardes et tu dis : – Vous avez vu Serge Lama samedi sur la Une, c’était chouette.”
En 1985, il a une émission de radio rien que pour lui : les “Chroniques de la haine ordinaire”. Il y dénonce la veulerie quotidienne, la mesquinerie des pauvres, la suffisance des riches, le rock, les écologistes, la gauche, la droite, les buveurs d’eau, les sportifs, la guerre, les militaires, les voleurs. Et les racistes. C’est un de ses grands combats. Comme quoi, ça prouve qu’il aimait l’humanité, finalement.
En 1985, un roman : “Des femmes qui tombent”. Peu connu, ce livre retrace l’enquête menée par un médecin de campagne, dans le Limousin. Les femmes de son village meurent les unes après les autres. Qui est l’assassin ? Le héros, alcoolique, paumé, flanqué d’un fils handicapé moteur et cérébral, en bute à la fois à la bêtise ambiante et à l’affection de ses proches, pourrait être pathétique. L’histoire pourrait être sinistre. Rassurez-vous : il n’y a pas une seule page où l’on n’éclate pas de rire !
A l’instar de Coluche, Desproges laisse un vide immense. Comme son ami il avait un don, cet “art de plaire” dont parle Molière et que citait Coluche, cette capacité à faire tout passer dans ses textes, du jeu de mot le plus trivial (“suicide / poil aux rides”) à l’envolée la plus fine. Il n’hésitait pas à citer plus grand que lui, selon ses critères. Il aimait beaucoup Brassens… et moins Dalida. Il s’étonnait lorsqu’on lui disait qu’il avait une “voix” en radio.
Laurent Ruquier, lors d’une émission hommage sur Canal Plus en 1998 disait que le premier one-man-show de Desproges était à moitié réussi, “le public réagissait difficilement”. Philippe Gildas ajouta : “Bedos lui avait donné des conseils pour le second, il était dix fois meilleur”. Desproges le reconnaissait : il avait préparé les textes du deuxième one-man-show “en pensant à la scène”. Il écrivit un jour : “Guy Bedos est mon ami : il doit le rester”. Il défendit Bedos qui était allé chez Sabatier au “Jeu de la Vérité” alors qu’il trouvait les émissions de notre gentil-présentateur-vedette-national insupportables : “Bedos ne s’est pas compromis : il a un combat. Il est allé chez Sabatier pour dire le contraire de Delon”.Une dernière ? Celle-ci, sans doute ma préférée : “L’intelligence c’est comme les parachutes, quand on n’en a pas, on s’écrase.”

Voir les commentaires ! – Ajouter un commentaire !! !
Laisser un commentaire